Les données Fairtrade: que nous révèlent-elles?

Esme

Esme Kamwende est l’une des productrices de thé à petite échelle de l’Association Sukambizi Trust, située au Malawi. Grâce à l’appui de Fairtrade, des investissements en agriculture durable, de même que dans des projets communautaires ont été réalisés et elle en est fière.

Les membres de l’Association Sukambizi – dont 70 % sont des femmes – ont investi des fonds dans des projets sociaux, tels que la construction d’une nouvelle école, l’agrandissement d’une aile de maternité, la mise en place d’une canalisation de 28 kilomètres desservant douze villages en eau potable, sans oublier le développement d’une infrastructure renforçant le transport des feuilles de thé vertes ainsi que l’accès aux marchés.  « Nous croyons dans l’avenir de cet endroit, mais cet avenir ne sera possible que si la génération à venir obtient de l’appui [du public consommateur] », estime Esme.

Chacune et chacun des agriculteurs et des travailleurs Fairtrade ont une histoire à raconter. Il est important d’écouter ces histoires pour bien comprendre l’impact que peut avoir Fairtrade.

Il est également important de tenir compte des chiffres. Y a-t-il davantage d’organisations qui obtiennent la certification équitable Fairtrade? Les ventes augmentent-elles? De quelles façons les agricultrices et les travailleurs Fairtrade choisissent-ils d’investir les sommes associées à la prime? Et plus important encore, quelles modulations devrions-nous apporter à nos stratégies pour qu’elles autonomisent encore plus les personnes qui produisent les biens que nous consommons et pour que celles-ci gagnent un salaire décent tout en améliorant le bien-être de leur communauté?

Fairtrade est une organisation apprenante qui valorise la transparence. C’est pourquoi Fairtrade compile des données clés, recueillies auprès des organisations de productrices et de producteurs certifiés, au moyen de vérifications et d’activités de soutien. Chaque année, nous rendons publiquement disponibles nos données par le biais de notre rapport de suivi. Il est possible de consulter le dernier rapport publié ici (en anglais seulement).

Les données nous révèlent des faits intéressants quant à la portée, la nature et la distribution des avantages qu’apporte Fairtrade aux agricultrices et aux travailleurs.

Plus de la moitié de l’ensemble des organisations de productrices et de producteurs Fairtrade se trouve en Amérique latine (52 %). La coopérative est un modèle bien ancré en Amérique latine, comparativement à d’autres régions du monde; 31 % des organisations de productrices et de producteurs Fairtrade se trouvent en Afrique et au Moyen-Orient, puis 17 % se trouvent en Asie et dans les régions du Pacifique. En revanche, l’Afrique et le Moyen-Orient comptent plus d’agricultrices et d’agriculteurs (près d’un million) que les deux autres régions combinées. Les travailleuses et les travailleurs employés par les plantations certifiées Fairtrade totalisent près de 186 000, dont plus de la moitié sont situés en Afrique et au Moyen-Orient, suivi par un tiers en Asie et dans les régions du Pacifique.

La banane, le cacao et le café sont les trois produits équitables Fairtrade qui connaissent les volumes de vente les plus importants et de plus, leurs ventes sont en constante augmentation.

Ces trois produits comptent également pour 80 % des primes équitables Fairtrade touchées au cours de l’année 2018. La prime représente un des grands avantages qu’offre Fairtrade. Il s’agit d’une somme supplémentaire que les productrices et les producteurs gagnent et qui s’ajoute au prix courant. Ce sont les productrices et les producteurs qui déterminent comment cette somme sera investie dans leurs entreprises et dans leurs communautés. Les données les plus récentes nous indiquent que les coopératives d’agricultrices et d’agriculteurs utilisent principalement leur prime pour fournir des services à leurs membres (48 %) et pour renforcer les coopératives (42 %). Quant aux travailleuses et aux travailleurs des plantations, leur prime sert principalement à l’acquisition de services pour eux et pour leurs familles (76 %), pour leurs communautés (11 %), puis pour le renforcement de l’autonomie des travailleuses et des travailleurs ainsi que pour de la formation (10 %).

Cette année, en plus de nos analyses usuelles, et dans l’optique de mieux comprendre la concordance entre les impacts Fairtrade et les priorités mondiales, nous avons fait un exercice de cartographie où nous avons lié les dépenses rattachées à la prime aux objectifs de développement durable de l’ONU (ODD).

Selon notre cartographie, plus de la moitié des dépenses rattachées à la prime cadre avec le deuxième ODD, Faim Zéro (55 %). Un autre 22 % contribue à la réalisation du premier ODD 1, Pas de pauvreté. Ces décisions ne sont pas prises par Fairtrade, mais elles reflètent plutôt les priorités qu’établissent eux-mêmes les agricultrices et les travailleurs. Ce sont eux qui décident de quelles façons les primes seront dépensées.

Nos données, notamment celles provenant d’études externes que nous avons commandées, identifient un nombre de défis qui reste à relever. Parmi ces enjeux se trouve celui de nombreux producteurs et productrices de cacao qui, en Afrique de l’Ouest, ne gagnent toujours pas de quoi vivre décemment. Nous incluons ces données dans nos rapports de suivi, car il s’agit d’informations supplémentaires importantes sur les impacts de Fairtrade.

Alors, que faisons-nous de toutes ces données? En tant que système incluant plusieurs parties prenantes et dont 50 pour cent appartient aux productrices et aux producteurs, nous sommes guidés par les agricultrices et les travailleurs. Ainsi, nous partageons ces données avec eux, puis obtenons leur point de vue. Ce partage d’information se fait lors de notre assemblée générale, via nos trois réseaux régionaux de productrices et de producteurs, par le biais de consultations visant à mettre à jour nos normes et les prix et grâce aux milliers de contacts personnels qui se font chaque année.

S’intéresser simultanément aux données et aux histoires nous aide à comprendre où Fairtrade réussit bien. Cela sert aussi à identifier les déséquilibres commerciaux mondiaux qui subsistent et pour lesquels nous devons travailler plus fort.

N’hésitez pas à jeter un coup d’œil aux données. Nous serions ravis de savoir ce que vous en pensez : impact@fairtrade.net

Par Arisbe Mendoza, responsable de l’unité de suivi, de l’évaluation et de l’apprentissage chez Fairtrade International