Le Canada accueille le Forum mondial de la banane sur fond d’appel pour un approvisionnement plus important en banane équitable certifiée Fairtrade

Celia

La banane se situe à la première place dans les exportations de fruits frais à l’échelle mondiale. Au Canada en 2017, la banane comptait pour 9,0 % des 6,58 milliards de dollars de fruits frais importés. Il s’agit d’une quantité énorme. Dans les faits, cela représente 15,70 kg par Canadienne et Canadien, faisant de la banane l’un des fruits les plus consommés au pays.  

Parmi les étalages des épiceries, la banane est probablement le fruit le plus connu. Néanmoins, derrière cette allure éclatante, existent des coûts externes élevés qui pèsent lourdement sur les personnes et sur la planète. Une étude récente fixe le coût des dommages cachés dans une boîte de banane à 6,70 dollars américains.

Du 9 au 11 octobre, le Forum mondial de la banane (FMB) tiendra, pour la toute première fois, sa rencontre en Amérique du Nord, soit à Montréal, QC. Le FMB s’efforce de garantir une production et une commercialisation de la banane qui est durable sur les plans environnemental, social et économique en plus de s’assurer que l’ensemble des acteurs de la chaîne d’approvisionnement — des productrices et producteurs jusqu’aux détaillants — reçoivent un prix équitable.

Bien qu’il soit l’hôte du FMB, le Canada accuse un retard lamentable dans la vente de bananes commercialisées dans des conditions équitables. Dans certains pays, des détaillants d’importances comme Sainsbury’s* et Lidl*s’engagent à s’approvisionner entièrement de bananes équitables certifiées Fairtrade. Toutefois au Canada, les bananes équitables certifiées Fairtrade ne sont disponibles que dans les magasins IGA et Sobeys du Québec, chez les Farm Boy et Longo’s Markets de l’Ontario puis dans les Choices Markets  et quelques petits détaillants de la Colombie-Britannique. Le forum est l’occasion de focaliser notre attention sur le marché canadien de la banane et de poser des questions primordiales sur les façons d’atteindre des pratiques commerciales justes et durables dans une industrie où l’histoire est marquée par l’injustice et l’abus.

Le véritable coût

Une étude novatrice menée en collaboration avec Fairtrade, True Price*et Trucost* a comparé les coûts externes de la production conventionnelle de la banane aux coûts qu’occasionne la production de bananes équitables certifiées Fairtrade. Dans le secteur de la banane, le coût moyen caché par boîte est de 6,70 dollars américains. Cette somme est en partie due aux coûts sociaux externes, tels que les salaires inadéquats, l’absence de protection sociale pour les travailleuses et les travailleurs sans oublier les revenus inadéquats des petits exploitants agricoles. Les coûts environnementaux les plus importants sont générés par l’occupation des sols, la rareté des eaux et les changements climatiques. Il a été calculé que les bananes équitables certifiées Fairtrade ont un coût externe moyen par boîte de 3,65 dollars américains, soit 45 % de moins que le reste de l’industrie.

L’étude conclut qu’en réduisant les coûts externes, le secteur de la banane peut améliorer de manière considérable la durabilité. Les bonnes pratiques qu’ont adoptées les productrices et les producteurs Fairtrade ainsi que les négociants peuvent s’avérer formatrices. Selon les normes Fairtrade, les productrices, les producteurs et les acteurs de l’industrie doivent payer des salaires/prix plus justes, investir dans des programmes communautaires, mettre en place des lieux de travail sécuritaires et sains, négocier de manière plus transparente en plus de s’assurer du respect des droits énoncés dans les conventions de travail internationales.

La recherche repose sur les intrants agricoles, sur les conditions de travail ainsi que sur les impacts environnementaux de 15 plantations Fairtrade et de 97 petites exploitations agricoles situées en Colombie, en République dominicaine, en Équateur et au Pérou. Les données sectorielles portent sur les mêmes aspects, elles proviennent de sources secondaires qui ont été vérifiées et validées par des experts locaux. 

La banane équitable certifiée Fairtrade : observations et données sur les impacts *

  • Actuellement, Fairtrade travaille avec plus de 22 044 agricultrices et agriculteurs regroupés en 147 groupes de productrices et producteurs dans plus de 16 pays.
  • La République dominicaine est le plus important producteur de bananes équitables certifiées Fairtrade, suivi de la Colombie, du Pérou et de l’Équateur.
  • 59 % des ventes de bananes équitables certifiées Fairtrade étaient aussi certifiées biologiques.
  • En 2016, les organisations de productrices et de producteurs de bananes ont reçu plus de 30 millions de dollars en prime équitable Fairtrade. La prime équitable est une somme reçue en plus du prix d’achat et qui sert à investir dans des projets communautaires ou dans les entreprises, selon les priorités de chacun.
  • Les travailleuses et les travailleurs des plantations certifiées Fairtrade ont investi 33 % de leur prime équitable Fairtrade dans de l’hébergement pour les travailleuses et les travailleurs ainsi que dans des améliorations résidentielles.
  • Les petits exploitants agricoles investissent 52 % de leur prime équitable Fairtrade dans le développement de leurs entreprises, incluant les installations et les infrastructures, dans la formation et le développement des compétences de même que dans l’administration des coopératives.  
  • Depuis que leur plantation a obtenu la certification équitable Fairtrade, 91 % des travailleuses et des travailleurs colombiens ont vu la valeur de leurs actifs ménagers augmenter en moyenne de 64 %.
  • En Équateur, le trois quarts des membres de coopératives d’agricultrices et d’agriculteurs ont constaté une amélioration de leurs revenus et de leur bien-être au cours des trois dernières années.
  • Les petits exploitants agricoles de la Colombie rapportent que leur affiliation à une organisation certifiée Fairtrade leur a permis d’accroître leur revenu de 34 % en moyenne.


*Non disponible en français.

L'image montre Celia Pulla travaillant à la ferme certifiée Fairtrade Mercedes Vanessa à El Guabo, en Équateur. Photo de Guillermo Granja.