25 février, 2019

Deux étudiantes de SFU vont au Pérou

Pérou
par Gabriela Warrior Renaud, Fairtrade Canada

J’ai discuté récemment avec deux étudiantes de l’Université Simon Fraser (SFU), Elysha Fong et Vanessa Milost Gonzalez, de leur voyage au Pérou. 

Elles se sont jointes au RCCÉ dans le cadre d’un voyage annuel Trip to Origin au cours duquel les participantes et les participants visitent des fermes et des coopératives dans le but d’en savoir plus sur le commerce équitable, et ce directement sur le terrain. En 2017, j’ai moi-même eu la chance de prendre part à un voyage Trip to Origin en Équateur. Ce voyage a eu un grand impact, non seulement sur ma vie, mais aussi sur le travail que j’accomplis en tant que spécialiste des communications chez Fairtrade Canada. Voir le fonctionnement de Fairtrade dans le vrai monde et aller à la rencontre des personnes pour qui je travaille tous les jours m’a grandement touché. J’étais curieuse de savoir ce qu’Elysha et Vanessa avaient retenue de leur expérience et qu’est-ce qu’elles comptent faire des connaissances acquises au Pérou.

Elysha en était à son second semestre à l’Université Simon Fraser lorsqu’elle a joint Trip to Origin. Elle se décrit à ce moment comme une supporter passive du commerce équitable, possédant un minimum de connaissances sur le mouvement. Pour sa part, Vanessa arrivait avec une formation en économie et études internationales. Elle a quitté le Brésil en 2010 et depuis, elle continue ses études aux États-Unis et au Canada.

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Voici un extrait de notre conversation.

Gabriela Warrior Renaud, Fairtrade Canada (GWR) : Une fois sur le terrain, vous avez eu l’occasion de voir plusieurs enjeux comme l’égalité entre les sexes et les changements climatiques. Avez-vous eu l’impression que le système Fairtrade est bien adapté pour venir en aide à ces personnes qui font face à ces défis?

Elysha Fong, SFU (EF) : Chaque fois que nous entendions parler de défis ou de problématiques, il y avait toujours une solution en préparation. Par exemple, de nouvelles lois européennes réglementant le cadmium dans le sol entreront bientôt en vigueur. Ils expérimentent déjà sur les sols pour déterminer comment en retirer le cadmium, car cela les affectera grandement. Ils travaillent déjà sur différentes manières d’atténuer cela et ils trouvent ça super pratique de faire partie d’une coopérative, car ainsi les agricultrices et les agriculteurs n’ont pas à travailleur seul. De cette façon, lorsqu’une personne trouve une solution qui fonctionne, elle peut partager ces connaissances avec les autres.

Vanessa Milost Gonzalez, SFU (VMG) : J’ai remarqué une adaptation aux changements, comme effectuer de la recherche sur les façons de lutter contre les changements climatiques. Par exemple, on cultive dorénavant le café à une altitude différente qu’auparavant. Lorsque les agricultrices et les agriculteurs auront compris cela, ils déplaceront leurs productions, s’ils le peuvent. Je dirais que Fairtrade leur fournit assurément une structure qui les aide à comprendre ce qui se passe. Par exemple, « ok, il se passe quelque chose avec le climat » ou « il est nécessaire de traiter les femmes et les hommes de manière égale » et ils peuvent changer leurs pratiques. Quelque chose que nous avons entendu chez APPBOSA, c’est qu’historiquement, les femmes n’héritaient pas des terres. Au début, ils ont commencé avec 100 % d’agriculteurs hommes et maintenant ils ont plus de 10 % de femmes. Ils organisent des ateliers pour discuter de l’égalité des sexes et aussi, ils promeuvent l’idée que si un agriculteur à une fille, qu’elle peut aussi hériter de la terre. Lentement, ils peuvent changer la façon de penser afin que davantage de femmes soient propriétaires de terres. En ayant une structure, en ayant la capacité de s’organiser, de coordonner et possédant des connaissances, ils peuvent, sans aucun doute, faire une différence.

GWR : Tu en as parlé un peu Elysha, de l’importance de la coopération et du travail qu’effectuent ensemble les agricultrices, les agriculteurs et les coopératives. Vois-tu cela comme un élément important qui peut contribuer à la croissance du mouvement en faveur de l’agriculture durable ?

EF : Oui, absolument. Selon moi, le partage des connaissances est un très gros morceau. Ils ont même mentionné, je crois que c’est lors de la visite de la ferme Panela, qu’avant qu’ils ne fassent le changement vers la canne à sucre et qu’ils s’organisent en association, qu’ils ne savaient pas quand ils seraient payés ni combien d’argent ils allaient faire. C’est alors plus stressant et plus difficile de choisir volontairement un mode de vie. Et donc, lorsqu’une structure fut mise en place, ils ont senti qu’ils avaient un appui. Ils savaient qu’ils seraient payés toutes les deux semaines et donc ils étaient capables de faire des choix et de sentir, qu’eux-mêmes et leurs familles, étaient en sécurité.

GWR : Et est-ce que la majorité des coopératives que vous avez visitées avaient une production à la fois biologique et équitable?

VMG : Nous en avons visité qui étaient en transition. Elles étaient soit entièrement biologiques ou en transition. En fait, cet élément est intéressant, car c’est un grand défi de convaincre ceux et celles qui produisent du riz [conventionnel, non équitable], qui ne gagnent aucun argent et qui appliquent des pesticides, des herbicides et des insecticides sur leurs cultures d’aller vers la transition. Pour eux, être capable d’effectuer ce changement semble indéniablement représenter un grand défi, tandis que les coopératives ont été capables d’aborder [la transition] avec succès en offrant un appui aux agricultrices et aux agriculteurs afin qu’ils puissent faire pousser leurs nouvelles cultures pendant un an, un an et demi, deux ans.

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GWR : Avez-vous compris pourquoi ces coopératives souhaitaient aller vers le commerce équitable et en quoi cela est important pour eux?

VMG : Ça semble être un mouvement, une sorte de mobilisation. Ils entendent parler de ces autres agricultrices et agriculteurs qui se sont joints à une coopérative et qui gagnent dorénavant plus et ils en parlent entre eux. Un des agriculteurs cultivant le cacao, Don German, a dit que lorsqu’il cultivait du riz, il sentait que quelque chose n’allait pas. « Je ne gagne pas d’argent, je me sens malade. Ce n’est pas ça la vie. » Puis, c’est en entendant les personnes dans sa communauté parler de cette alternative d’aller vers le commerce équitable qu’il a commencé à s’y intéresser et qu’il a joint le mouvement. On dirait que c’est souvent le cas; ils savent qu’ils doivent faire un changement, modifier leur façon de faire, mais c’est à travers la communauté qu’ils réalisent ce qui est à leur disposition.

EF : L'une des choses importantes pour moi, c’est quand j’entendais les personnes raconter l’impact que cela a eu sur eux, comme être capable d’envoyer ses cinq enfants à l’université grâce au commerce équitable et puis, que deux enfants reviennent pour donner de l’aide. Alors, je crois qu’il y a une croissance constante et espérons qu’elle continue entre voisins et d’une génération à l’autre.

GWR : Vous avez partagé quelques histoires qui vous ont marqués. Y a-t-il une histoire en particulier qui vous revient lorsque vous repensez au temps que vous avez passé au Pérou?

VMG : Et bien pour moi, c’est une conversation que j’ai eue avec Don Isidro, le producteur de café. Étant issue d’un milieu qui ne connaît pas le commerce équitable et qui connaît un peu le développement, je me suis demandé : s’agit-il d’une forme de travail de développement? Est-ce de la philanthropie? Mais une fois sur place tu comprends : nous sommes des consommatrices, consommateurs, ils sont des productrices, producteurs. Le mot n’est pas « aide », nous « n’aidons » pas, nous effectuons du commerce autour de produits qui sont de bonne qualité. Ce fut un bon changement de mentalité et sachant cela, j’ai commencé à me référer aux productrices et aux producteurs comme étant des entrepreneurs, des gens d’affaires.

EF : Durant notre visite chez APPBOSA, nous nous sommes assis avec certains des dirigeantes et dirigeants de l’association et une femme m’a raconté qu’auparavant, elle travaillait pour de plus grandes entreprises, je crois pour une entreprise qui produit de l’huile de palme. Elle a dit qu’elle y faisait beaucoup d’argent, plus que tout l’argent qu’elle pourra gagner au cours de sa vie, mais qu’elle ne pouvait rester là et qu’elle a quitté pour travailler avec APPBOSA. Elle songeait à son dernier emploi qui ne faisait que détruire l’environnement et puis elle a vu le commerce équitable comme une alternative; comment pouvait-elle ne pas appuyer le commerce équitable ? Elle a fait comprendre au reste du groupe que cela valait entièrement la peine et qu’elle sentait qu’elle faisait une réelle différence.

GWR : J’ai l’impression que nous avons perdu, en grande partie, le lien qui nous unit à notre nourriture et aux choses que nous consommons quotidiennement. C’est vraiment spécial de voir que vous avez été capable de faire ces connexions en personnes. Y a-t-il quelque chose de ce voyage pour laquelle vous êtes très reconnaissantes?

EF : Ce sentiment d’être connecté. Avant de participer à ce voyage, j’en savais très peu sur le commerce équitable. Mais ce que je savais, ou si j’avais eu à l’expliquer, j’aurais dit : « et bien les productrices et les travailleurs sont payés de manière juste. » Bien sûr que cela fait partie du commerce équitable. Mais je crois que la chose la plus importante que j’ai comprise, c’est que c’est beaucoup plus que cela. Tu investis dans des personnes et dans un produit de qualité. Et tu investis dans les femmes, les jeunes et dans l’environnement. Tu investis également dans la communauté canadienne et dans notre capacité de faire une différence en faisant des choix plus durables.

VMG : Ayant grandi en ville, j’ai toujours été très déconnectée de l’agriculture. Je suis très reconnaissante d’en avoir appris plus sur les techniques agricoles actuelles et pour ce sentiment de connexion à la terre. J’adore le chocolat, j’en mange tous les jours, je bois du café tous les jours, de même que des bananes, ces choses font toute partie de ma vie. Et je ne savais même pas à quoi elles ressemblaient dans leur forme originelle et ce que ça exige en temps, efforts, ressources pour que ces choses arrivent dans mes mains, présentées dans de jolis formats. Je suis reconnaissante d’avoir eu cette prise de conscience.

*Photos par Elysha Fong et Vanessa Milost Gonzalez


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