El Guabo

En 1997, quatorze producteurs de bananes intrépides du sud-ouest de l’Équateur à la recherche de meilleurs marchés ont tenté leur chance et ont expédié de l’autre côté de l’océan un conteneur de bananes. 

En évitant les intermédiaires locaux et en faisant affaire directement avec les acheteurs internationaux, ils espéraient améliorer leur qualité de vie ainsi que celle de leurs familles. Depuis ce modeste début, les bananes Fairtrade ont beaucoup rapporté aux agriculteurs d’El Guabo qui dorénavant exportent 23 000 boîtes de bananes Fairtrade chaque semaine, dont la moitié est certifiée biologique.

Un passé tourmenté

Peu de fruits ont une histoire aussi entachée que celle de la banane. Des guerres ont été déclarées, des syndicalistes et des travailleurs ont été menacés ou assassinés et de petits exploitants ont été étouffés par des marges de profit si faibles qu’ils leur étaient impossible de nourrir leurs familles.

La banane est un commerce important au Canada. En moyenne, un Canadien mange 14 kg de bananes chaque année et la banane compte parmi les fruits frais les plus importés. Elle occupe aussi une place toute spéciale au supermarché : elle est d’une couleur vive, elle est jaune et son bas prix attire les clients. Par conséquent, les détaillants exercent souvent une forte pression sur les commerçants et sur les producteurs dans le but de réduire les prix et les marges de profit.

D’astucieux propriétaires de petites entreprises

Les premiers membres de la coopérative El Guabo étaient de petits exploitants avec peu d’influence sur le marché ainsi que des migrants saisonniers qui travaillaient une terre qu’ils ne contrôlaient pas. Depuis ce jour, le nombre de membres-agriculteurs a augmenté et il est de 132 agriculteurs aujourd’hui,  ce qui permet d’accroître leur influence. On trouve leurs bananes au Canada, aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Italie, en Suisse, en Allemagne et en Nouvelle-Zélande.

La moitié des employées de la coopérative sont des femmes, incluant un tiers au sein de postes de direction. Les propriétaires d’exploitations agricoles possèdent en moyenne 6 hectares de terre.

Ils détiennent également une position unique en tant que seul producteur de bananes Fairtrade également copropriétaire d’un importateur, Agrofair, qui à leur début, leur a donné un coup de main avec leur premier conteneur. Cette propriété conjointe de la chaîne d’approvisionnement procure aux petits exploitants une voix plus forte  sur le plan commercial et leur permet de tirer meilleur profit du commerce de la banane.

Les avantages Fairtrade

Pour les agriculteurs d’El Guabo, le prix minimum Fairtrade sert de filet de sécurité lorsque les prix courants chutent sous le seuil du coût d’une production durable – ce qui arrive régulièrement. Les agriculteurs qui produisent des bananes biologiques reçoivent une somme supplémentaire d’argent, car leur mode de culture est plus durable. Cette stabilité offre aux agriculteurs et à la coopérative la possibilité de mieux planifier l’avenir.

La prime Fairtrade qui s’ajoute à chaque boîte de bananes vendues leur permet d’investir dans leur communauté et dans leurs entreprises ou dans n’importe quels projets qu’El Guabo choisira démocratiquement. Parmi les projets récemment financés par la prime Fairtrade on compte :

  • Améliorations apportées à leurs installations, incluant la construction de nouveaux bureaux ainsi qu’un quai de chargement servant à charger les conteneurs.
  • Pour les travailleurs : des primes scolaires et de Noël, des fonds pour usage mortuaire, une assurance privée et une sécurité sociale.
  • Pour les agriculteurs : engrais et améliorations apportées aux stations fruitières. Également, des formations qui appuient les nouvelles initiatives en matière de production biologique.
  • Pour la communauté : un dispensaire médical, soutien à l’école (matériel d’enseignement, sacs à dos & matériel scolaire) et de la physiothérapie pour les handicapés.
  • La mise en place d’une installation agricole de type plantation sur des terres louées dans le but de faire pousser davantage de bananes destinées à l’exportation et l’embauche de travailleurs locaux supplémentaires qui ne possèdent pas leur propre parcelle de terre, leur donnant ainsi accès à plus de fonds issus de la prime.

Fairtrade a amélioré le niveau de vie de nos membres et de nos travailleurs agricoles. Nous avons dorénavant les ressources pour venir en aide à notre communauté puis pour préserver l’environnement. 

Jovanny Coronel

trésorier d’El Guabo

Défis et possibilités

Malgré tous ses succès, El Guabo est confronté à des défis. Le climat changeant rend la culture de la banane plus difficile que jamais; on observe une augmentation des maladies et des parasites ce qui nuit à la qualité et à la productivité. Notamment, le champignon Sigatoka noir qui est devenu une menace constante et qui doit être géré. Ces problèmes ont par la suite des répercussions sur les membres puisque les agriculteurs doivent apprendre comment s’y adapter et ils doivent lutter contre cette maladie.

De plus, les agriculteurs continuent à se battre pour un espace marché contre des producteurs et des plantations sans scrupules qui peuvent se permettre de vendre à moindre prix du fait qu’ils n’offrent qu’un piètre traitement à leurs employés et qu’ils sont peu soucieux de l’environnement.

Mis à part ces défis, les agriculteurs d’El Guabo continuent de commercer selon des modalités plus équitables. Le prix minimum Fairtrade et la somme supplémentaire que l’on verse aux agriculteurs pour les bananes produites de façon biologique favorisent la stabilité et aident les agriculteurs à planifier l’avenir. Enfin, la prime Fairtrade leur offre ce dont ils ont besoin pour investir dans leurs communautés et dans leurs entreprises.


Initialement affiché sur fairtradeamerica.org (disponible seulement en anglais), puis avec la contribution additionnelle de nos amis de chez Equifruit.